Europe : le PS bâcle sa copie

Publié le par Parti de Gauche 94 Nord

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Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis ont lancé lundi 3 mars la campagne du PS pour les élections européennes. Le samedi précédent, le Parti Socialiste européen (PSE), dont est membre le PS français, a investi officiellement Martin Schulz comme candidat commun pour la présidence de la Commission européenne. Le candidat commun de cette famille politique est donc membre d’un parti qui gouverne avec madame Merkel. Le conclave des sociaux-libéraux a également adopté un « manifesto » en guise de programme commun.

Ce document est un de ces monuments du double langage cynique qui est la marque de ce mouvement. Ainsi est-il donné d’entendre le chef du PS français appeler à « rompre avec la politique absurde d’austérité ». C’est ce qui frappe en premier lieu. Le PS français comme le PSE font comme s’ils n’étaient pas responsables de la politique économique appliquée aujourd’hui dans toute l’Europe. Le texte du PSE dénonce «le bilan des politiques économies menées ces cinq dernières années» : 27 millions d’euros de chômeurs et 120 millions de pauvres. Le PSE accuse «la droite [d’avoir] plongé l’Europe dans la peur et dans l’austérité» et dénonce la «domination des conservateurs au sein de l’UE». Mensonges et mensonges et mensonges encore.

D’abord parce que les conservateurs que dénoncent les sociaux sont ceux avec lesquels ils gouvernent partout où ils peuvent. Selon les derniers calculs du journal «Le Monde» du 28 février, la social-démocratie européenne est «présente au gouvernement de 19 Etats sur 28», soit une majorité des Etats-membres ! Sans compter les 3 commissaires du PSE membres de la Commission européenne actuelle aux côtés de José Manuel Barroso. L’Europe qu’ils critiquent est donc d’abord la leur ! Ont-ils honte de leur propre action ces dernières années ? Comment entendent-ils «rompre» avec une politique qu’ils appliquent depuis des années et qu’ils continuent d’appliquer aujourd’hui ?

Car cette politique d’austérité a été appliquée par la droite européenne, mais aussi par les sociaux-libéraux européens avec la même férocité. Elle a même d’abord été appliquée par les alliés de François Hollande. En Grèce, c’est le parti socialiste qui a imposé les premiers plans d’austérité et le PASOK est le seul parti grec à avoir approuvé tous les plans d’austérité depuis 2011. En Espagne et au Portugal aussi, les sociaux-libéraux ont ouvert la voie de l’austérité avant d’être remplacé par la droite. Et ainsi de suite. L’arrivée de François Hollande n’a rien changé : le traité d’austérité Merkozy a été ratifié par le PS français sans la «renégociation» d’une seule virgule, contrairement à ses promesses de campagne. Et depuis 2012, c’est bien le PS qui a aggravé spectaculairement les politiques d’austérité en France. Ce bilan est totalement absent du texte du PSE.

Le texte du PSE est éclairant sur la mauvaise foi social-libérale. Il promet de défendre la «souveraineté» des parlements nationaux mais ne dit pas un mot de l’architecture austéritaire de l’Union européenne. Pas un mot sur le traité budgétaire Merkozy, pas un mot sur le 6-Pack et le 2-pack qui corsètent les Etats et leurs Parlements. On peut le comprendre : le PSE a accepté tout cela main dans la main avec la droite européenne. Même au sujet de la Troïka BCE-FMI-Commission européenne, qui contrôle les budgets des Etats sous tutelle, c’est l’hypocrisie la plus flagrante. Le texte appelle à «mettre en place un autre modèle» mais seulement «lorsque les missions de la Troïka auront pris fin». Pour le PSE, il n’est donc pas question de rendre leur souveraineté à la Grèce ou au Portugal !

Le PSE se veut le bon élève de l’austérité. Le manifeste multiplie les signes rassurants pour la finance : «nous serons les garants des finances publiques en améliorant la qualité des dépenses publiques, en réduisant les gaspillages», «nous réduirons les déficits de manière durables et juste»… Et le PSE appelle à renforcer encore l’intégration européenne pour « instaurer une véritable coordination des politiques économiques et fiscales ». C’est la poursuite de la logique actuelle.

C’est la conséquence logique du silence absolu des amis de François Hollande sur la Banque centrale européenne. Le mot «Banque centrale» ne figure même pas dans le texte, ni le sigle «BCE». A la lecture du texte du PSE, on pourrait croire que la BCE n’existe même pas ! Pourtant, c’est l’institution la plus anti-démocratique de l’Union européenne et la plus importante pour la période ! Même en 2009, le PSE affirmait au moins «la Banque Centrale Européenne doit soutenir la croissance et l’emploi tout en préservant la stabilité des prix». C’était un vœu pieu qui sentait déjà le compromis pourri entre courants socialistes. Mais, au moins, la BCE était évoquée. Aujourd’hui, après une crise financière et monétaire sans précédent, alors que l’Europe est au bord de la dépression, le PSE n’a rien à dire sur la Banque centrale européenne ! C’est effrayant !

L’ambition du PS et de ses alliés européens est donc claire : ils ne changeront rien. C’est ce qui découle de la conférence de presse du PS français comme du congrès du PSE. Les 71 propositions que le PSE proposait en 2009 se sont évaporées pour ne laisse place qu’à «10 projets» très vagues. On retrouve les mêmes formules creuses auxquelles le PSE nous a habitués depuis des décennies. Ainsi, la «nouvelle Europe» du PSE serait «l’Europe sociale», «l’Union qui protège» tout juste agrémentée d’une «Europe verte».

Ils ne feront rien car leurs propositions ne valent rien. Harlem Désir fanfaronne sur l’idée d’un «SMIC européen». Mais le texte du PSE enterre l’idée en défendant l’idée d’introduire «des salaires minimaux décents en Europe, soit par voie légale soit par le biais de conventions collectives». Le SMIC par la loi, commun à tous les secteurs, est donc déjà écarté par le PSE. Quant au montant, le texte du PSE ne dit rien. Le PS français, lui, parle de «60% du salaire médian» de chaque pays. Quelle énormité ! En France, selon l’INSEE, le salaire médian en France est de 1 712 euros mensuel net pour un temps plein. La proposition du PS revient à un SMIC mensuel net à 1 027 euros en France. Or le SMIC actuel est de 1 128 euros net par mois pour un temps plein ! La proposition du PS reviendrait à baisser le SMIC en France sur l’autel du « SMIC européen » !

Tout le reste est à l’avenant. Le PSE prétend vouloir «l’amélioration de la protection des travailleurs détachés à l’étranger par la révision de la directive relative au détachement des travailleurs». Mais le texte ne dit rien sur l’accord qu’ont accepté et François Hollande et le SPD allemand en décembre dernier sur le sujet. Pourtant, les deux principaux sociaux-libéraux n’ont pas demandé la révision de la directive de 1996, mais seulement des modifications cosmétiques de la directive «d’application».

Quant au grand marché transatlantique avec les Etats-Unis, le PSE le soutient. Il demande seulement la «garantie des droits de l’homme et des droits sociaux des citoyens, un travail décent, le respect des normes environnementales, la culture ainsi que la responsabilité sociale des entreprises et le juste échange» sans distinguer le GMT de «tous les accords commerciaux». Le PS français, lui, prend les électeurs pour des nigauds. Sur son site de campagne, il écrit qu’il n’y a «aucune raison de se précipiter». Pourtant, il y a moins d’un mois, aux Etats-Unis, François Hollande appelait à «aller vite». Mais le PS se reprend vite pour dénoncer le «repli protectionniste» à l’unisson avec François Hollande.

Enfin, les sociaux-libéraux confirment leur vision archaïque du progrès. Ne cherchez pas un mot sur le nucléaire ou les gaz de schiste, il n’y en a pas. A propos du climat, les sociaux-libéraux européens écrivent seulement qu’ils «plaideront pour la définition de nouveaux objectifs contraignants concernant la réduction des émissions de carbone, l’augmentation de la part d’énergies renouvelables et l’accroissement de l’efficacité énergétique». Bien maigre, bien pauvre, bien traditionnel, bien significatif d’une incompréhension totale du problème posé. D’ailleurs, aucun chiffre n’est donné !

Les promesses des socialistes n’engageront donc que ceux qui voudront bien les croire. Ce n’est guère surprenant. Mais ce qui est frappant, c’est cette nouvelle tentative pour essayer de tromper tout le monde.

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