Reconstruire l’État

Publié le par Parti de Gauche 94 Nord

En France, la lutte contre les assassins de Daech appelle un réel changement de pied.
Parler de «guerre intérieure» est un sidérant abus de langage car c’est reconnaître un statut de guerriers à de lâches criminels, et c'est désigner sans le nommer un ennemi de l’intérieur support de tous les fantasmes.

Depuis 2001, il y aura eu 10 lois contre le terrorisme adoptées : 4 lois de sécurité comprenant des dispositions anti-terroristes et 6 lois spécialement anti-terroristes. Déjà 3 lois antiterroristes ont été votées sous le mandat de François Hollande dont deux rien que dans cette dernière année. La loi sur le renseignement adoptée au printemps n’est pas encore entièrement en vigueur : seuls 5 des 12 décrets d’application ont été pris. Évidemment, aucun bilan, aucun rapport de synthèse n’a jamais été établi.
Pourtant ! S’il a fallu revenir tant de fois sur le sujet cela signifie tout de même que l’on a été à côté de la plaque déjà 22 fois !

Le premier devoir est la reconstruction de l’État.
La lutte contre le terrorisme passe par des moyens publics, car remonter les filières, tarir les financements, démanteler les trafics mafieux, notamment d’armes de guerre, repenser les prisons, disposer d’un maillage territorial fin et régulier en matière de renseignement etc. demande de l’argent public, des fonctionnaires nombreux et formés, une politique qui ne se résume pas à de la communication ou à la politique du chiffre.

La République a également besoin d’un État présent et efficace.
Il aura fallu une tragédie pour obtenir ce que plusieurs grèves nationales des douaniers n’ont pas obtenu : l’arrêt des coupes et 1.000 embauches selon la promesse de François Hollande. Quant à la police et à la gendarmerie, là aussi, les chiffres sont accablants. 12.000 postes ont été supprimés par Nicolas Sarkozy. François Hollande avait promis en 2012 de créer 1.000 postes par an pendant son mandat dans ce secteur dans lequel il incluait la justice ...

Entendre François Hollande dire que «le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité» est un heureux changement de pied. La mise en cause de la politique d’austérité, même du seul point de vue sécuritaire, est une respiration bienvenue.

Ensuite nous devons reconstruire des frontières. La libre-circulation des capitaux et des marchandises permet aux armes et à l’argent de circuler sans contrainte. Sans parler du pétrole, du coton ou des œuvres d’arts pillés en Irak et en Syrie. L’absence de contrôle des personnes aux frontières extérieures et intérieures permet aux assassins de se déplacer quasi-impunément.

Enfin il est nécessaire de renforcer les anticorps républicains de la population.
Le but de nos ennemis est de nous diviser et répandre la haine entre nous. Ne pas se laisser manipuler sur ce point c’est faire un grand pas vers notre victoire. Dans ce domaine c’est aussi faire acte de lucidité. L’islam ne poussa pas davantage au crime terroriste que n’importe quelle autre religion. Et il est temps de bien se dire qu’on ne nait pas djihadiste, on le devient. Si l’on veut tarir le mécanisme du recrutement, il faut écouter les spécialistes de ces questions et suivre leurs conseils plutôt que les délires et les fantasmes des rouleurs de mécaniques ou des racistes. Comme l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic qui explique que : «ceux qui partent faire le djihad agissent ainsi à 90% pour des motifs personnels : pour en découdre, pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10% seulement pour des convictions religieuses : l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce mouvement et c’est ce qui en fait sa force».
Nous sommes en fait face à un processus d’embrigadement mental comme y procèdent les sectes. La prévention, le signalement précoce, l’accompagnement, la mise en place de programme de déradicalisation sont donc des exigences absolues et urgentes.

Ficher des manifestants qui militent contre l’état d’urgence est hors sujet et gravement attentoire à l’entretien de l’esprit civique. Interdire les manifestations syndicales, politiques ou écologistes tout en permettant les marchés de noël est un pari très risqué en même temps qu’une décourageante stigmatisation des citoyens qui s’engagent pour leurs idées.
Pour l’instant, ce que nous voyons n’est vraiment pas bon.

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